Cette semaine j’ai entamé ma 3ème année de méditation avec les enfants des écoles de Saint-Amé, et j’ai commencé avec les petits de Saint-Etienne. Bientôt une nouvelle école viendra peut-être s’ajouter à celles-ci… 

Il y a 3 ans, je n’aurais jamais pensé que ce bout de chemin avec ces petits êtres en devenir m’apporterait autant. Ni que je me prendrais au jeu à ce point. Pourtant, à chaque séance avec eux, je repars le coeur plein de leurs jolis mots et de leurs regards joyeux, puis de leurs remarques, pertinentes et justes. Remarques qui m’émeuvent, m’interpellent, m’interrogent. Sur ma propre façon d’envisager cette pratique, sur ma façon de la transmettre, sur mon comportement quotidien avec mon enfant aussi, et dans ma famille.

Je vous dépeins là un joli tableau guimauve et chamallow, mais je me dois de préciser qu’en repartant des ateliers, j’emmène aussi des « moins biens ». Des thématiques ou des exercices que je n’ai pas pu transmettre comme je l’espérais, des pratiques qui ont moins plu, des enfants qui n’ont pas adhéré à la séance. Au début, en bonne petite perfectionniste que je suis, je considérais tout cela comme des échecs. Parce que je souhaitais intérieurement que tous les enfants « arrivent » à méditer, repartent plus calmes qu’ils n’étaient venus, comprennent et sentent les choses. Les intègrent. Les utilisent. Je suis tombée en plein dans mes vieux travers et dans cette vision de rentabilité et de résultat que j’exècre dans le système éducatif -et en grande partie dans notre société et inconscient collectif- tel qu’il est à l’heure actuelle. Bien sûr je n’exigeais pas cela d’eux directement, je n’exige et n’oblige jamais à rien d’ailleurs… mais c’est ce que je souhaitais inconsciemment au fond de moi, « pour leur bien ».

C’est finalement là, que c’est devenu intéressant. Dans cette recherche du « pourquoi cela n’a pas fonctionné comme je l’avais envisagé ». Parce qu’alors, je suis allée lire, chercher, creuser. J’ai passé du temps à échanger avec des ami(e)s, des enseignants, d’autres personnes travaillant avec les enfants. Je suis allée plus loin, j’ai avancé pour dépasser ces difficultés. Je les ai vu non plus comme des échecs mais comme des opportunités. Opportunités dont j’ai profité pour réajuster mes pratiques et essayer de nouvelles choses. Ou les mêmes encore, mais amenées, vécues et incarnées différemment. En étant moi-même dans une autre présence. Puis, j’ai surtout compris et appris à respecter que chacun était libre et responsable de son chemin. Que la méditation était merveilleuse à de nombreux points de vue pour moi et selon de plus en plus d’études puisqu’on ne compte plus celles démontrant l’intérêt de la pratique sur les apprentissages, la concentration, la mémorisation, l’empathie ou la bienveillance chez les méditants. La liste est encore longue… Pour autant, tout le monde n’est pas obligé d’y adhérer, de tester, et encore moins d’apprécier. Surtout lorsque l’on comprend que la méditation, n’est finalement ni une pratique, ni un projet pour nous-même ou nos enfants, mais un état de présence que nous ne pouvons que vivre et partager.

Il y a peu, dans mes lectures, je suis tombée sur les mots éclairants de Fabrice Midal. Des mots qui ont contribué à faire encore bouger ma conception de la méditation, de l’éducation et de la vie en générale. Je vous en laisse quelques extraits, peut-être vous apporteront-ils un petit quelque chose à vous aussi :

« Quand parce qu’il est énervé, nous intimons à un enfant l’ordre de se retirer dans sa chambre jusqu’à ce qu’il se calme, nous sous-entendons que, dans la solitude, il va réfléchir à son comportement et comprendre qu’il a mal agi. Ce n’est évidemment pas ce qui se produit dans la réalité : l’enfant va s’isoler, mais il a ressasser l’injustice de cette punition et se désoler, non pas de son comportement, mais de l’attitude de ses parents. De ce point de vue, la punition n’aura servi à rien : l’enfant continuera de s’énerver, et ses parents de le punir. Lui demander de méditer pour se calmer rentre exactement dans cette même logique… Or, d’une part, la méditation n’est pas un exercice d’introspection. D’autre part, « faire méditer » un enfant est une aberration : on ne le « fait » pas méditer, on médite avec lui. (…) Je le dis une fois pour toutes : la méditation n’a pas pour vocation à rendre plus calmes les adultes, ni, a fortiori, les enfants. Elle n’est pas là pour les empêcher d’être des enfants, mais, au contraire, pour les autoriser à être des enfants, à se ressourcer, à vivre, à s’épanouir à l’heure où nous mettons une incroyable pression sur eux et où nous ne savons plus ce que signifie être un enfant. (…) Bien sûr que l’enfant doit grandir, apprendre, obéir à des règles: l’absence de règles est aussi angoissante que leur accumulation. L’aider à avancer, avec bienveillance et respect, ne signifie pas lui passer ses caprices, (…) Mais il existe une autre manière de l’amener à jouer à ce jeu. Couper court et rompre la relation en l’enfermant dans sa chambre n’est pas une solution. Lui répéter le sempiternel « ça ne va pas », non plus. Etre bienveillant et respectueux avec son enfant ne consiste ni à être gentil avec lui, ni à le torturer, mais à détendre toute situation avec lui pour qu’elle devienne une danse : j’entre en rapport avec mon enfant, je vois les choses avec lui, plutôt que contre lui. Je lui donne les règles du jeu, je lui explique ce que j’attends de lui, ce que la société attendra plus tard de lui. Je l’aide à affronter la vie, plutôt que le torturer pour qu’il entre dans ma vie. Je comprends mieux ce qui le touche, ce qui le blesse, ce qui l’émeut. Je vois sa réalité. Je l’entends et j’interagis avec elle. Je discerne ce qu’il est et je comprends. La méditation est un geste d’amour où je l’autorise à être exactement ce qu’il est. »