L’éducation bienveillante reste encore particulièrement mal connue en France. On l’assimile souvent – bien malheureusement – à une éducation laxiste, ultra permissive où les enfants sont “rois” (que je déteste cette expression), élevés dans un monde de bisounours, où l’écoute de leurs besoins est quasi systématiquement vue comme des caprices auxquels l’on cède… et j’en passe ! 

Pourtant, si vous avez choisi cette manière d’être avec vos enfants, vous le savez, c’est tout sauf cela. C’est faire preuve d’une patience infinie, envers eux et aussi envers vous, pour déconstruire votre manière de penser et vos réflexes acquis de toutes parts. C’est essayer de les comprendre, de décoder leurs besoins, de se mettre à leur hauteur. C’est savoir et accepter que leurs cerveaux d’enfants ne fonctionnent pas (et ne peuvent pas fonctionner) comme ceux des adultes et que donc, nous ne pouvons pas leur demander de se comporter comme tels. C’est vous remettre vous, en question chaque jour. C’est travailler sur vous et comprendre vos propres limites et fonctionnements. C’est faire face à ce “regard des autres”, proches ou moins proches, compréhensifs ou moins compréhensifs, jugeants ou non jugeants. C’est se heurter à des situations difficiles où trouver des solutions positives nécessite bien plus de ressources que de crier, punir, user de menace ou faire du chantage.  L’éducation bienveillante, c’est beau, fort, intense, riche, c’est fatigant aussi, épuisant parfois et il ne faut pas le cacher, difficile. Mais c’est un cadeau inestimable. Pour nos enfants bien-sûr, ces adultes en devenir, mais pour nous aussi !

Et pour preuve, je vous raconte une petite anecdote… illustrant mon riche chemin, vers cette éducation qui me tient tant à coeur :

La semaine dernière, alors que nous nous baladions dans un parc, mon fils me sollicite pour monter sur une structure de jeu. Je l’aide donc à grimper puisque cette dernière est un peu haute pour lui, le laisse avancer sur un petit pont menant au toboggan, et là, le voilà qui s’arrête complètement. Il ne veut plus bouger : ni reculer pour ressortir, ni avancer descendre le toboggan. Les secondes passent, d’autres enfants grimpent à leur tour et se retrouvent à attendre derrière lui. Mon loulou refuse toujours de bouger et se met en prime à leur bloquer le passage, à s’appuyer et se coucher volontairement sur eux. Je ressens chez lui les émotions qui montent et me dit qu’il risque bientôt de se mettre à les extérioriser plus fortement (taper, crier…). Je sais aussi que c’est la peur d’avancer qui le bloque, alors j’essaye de m’approcher au mieux (malgré la configuration de la structure trop haute et peu accessible), pour l’aider et ensuite descendre. Rien à faire… il refuse de bouger tout en commençant à s’énerver. C’est à ce moment précis que j’ai moi aussi cédé à ma propre “panique”. J’ai eu l’impression de sentir sur moi les regards des autres parents dont les enfants attendaient, coincés par mon fils. Et j’ai alors projeté, en l’espace de quelques secondes dans ma petite tête, tout ce qu’ils pouvaient bien penser (“elle va lui dire quelque chose à son fils?”, “elle va l’obliger à bouger?” “elle va le gronder?”, “mais elle va réagir et faire qq chose”). Des phrases qui ne sont que des inventions de mon esprit bien sûr, de simples pensées de mon propre cerveau, mais qui ont suffit à me pousser à réagir (et non à agir de manière réfléchie et en alignement avec mes valeurs et mes désirs) sous l’influence de la peur du regard et du jugement des autres. Comme je ne l’aurais jamais fait si j’avais été seule avec mon petit garçon.

Je me suis alors mise à hausser un peu le ton, à lui “ordonner” de descendre. Evidemment rien n’y a fait. Mon fils ne bougeait toujours pas d’un pouce, et se crispait encore plus au fur et à mesure que j’essayais de le faire réagir. Forcément, la seule chose dont il avait besoin en cet instant, c’était d’être rassuré, accompagné et encouragé… chose que je n’ai pas pu lui apporter, étant moi même dans la peur. Me voyant désemparée, une merveilleuse maman – que j’ai dû remercier au moins 5 fois en 2 minutes 😉 – est venue à mon aide par l’intermédiaire de son fils, lui aussi sur le petit pont. Calmement, d’un ton rassurant, elle a demandé à son petit garçon de venir prendre la main du mien, puis de l’aider à avancer jusqu’au toboggan où ils allaient pouvoir descendre ensemble, l’un à côté de l’autre. En 2 secondes, ils étaient en bas le sourire aux lèvres… et je ressentais une immense gratitude envers cette femme et son petit garçon venue nous aider. Teintée je dois le reconnaître, d’une culpabilité certaine : celle d’avoir perdu mon sang froid et de ne pas avoir su aider mon grand bonhomme comme je l’aurais aimé. Mais plus riche et grandie de cette expérience de partage.

Tout cela pour vous dire, que même en étant convaincue et en souhaitant appliquer ces valeurs si précieuses, il y a toujours des moments compliqués, où l’on se sent dans l’impasse. Hé oui, nous ne sommes que des êtres humains perfectibles, avec nos vécus et nos émotions. Ce qui ne nous empêche pas d’apprendre de ces expériences et de les voir comme des tremplins nous permettant d’avancer, encore et encore.

Parce que finalement, la bienveillance que l’on pratique avec nos enfants nous rend meilleurs. Elle nous élève, nous grandit. Elle transparaît dans tous les aspects de notre vie et dans chacune de nos relations, en nous amenant à mieux comprendre l’Autre dans toute sa diversité. Naturellement, instinctivement. Elle nous invite à être et à vivre avec plus d’Amour, dans chacun de nos actes. Et à (re)donner un visage peut-être plus humain à notre monde parfois un peu fou…