Ce matin, au « hasard » d’internet, mes yeux se sont posés sur ces quelques lignes de Fabrice Midal :
« Vouloir que ses enfants soient calmes grâce à la méditation, c’est vouloir qu’ils ne soient plus des enfants afin que l’on puisse être tranquilles. Dans ce cas-là, autant adopter des poissons rouges ! Les apaiser, par un câlin par exemple, n’a rien à voir. Au lieu de les forcer à être comme on le souhaiterait, on fait en sorte qu’ils deviennent pleinement qui ils sont. C’est bien plus humain ! »
 J’avais déjà entendu l’auteur s’exprimer à ce sujet lors de conférences ou émissions diverses. Avant d’être moi-même maman et sans doute sans en saisir toute l’intensité. Puis, le fait de retomber sur cette idée aujourd’hui m’a amené à y réfléchir plus profondément. A double titre… Moi qui enseigne la méditation aux enfants des autres à travers les NAP. Et moi qui ai justement un bébé « agité » ou encore « difficile », « exigeant », « impatient »… comme on aime me le rappeler.
Je mets des guillemets parce que bien entendu, mon bébé je ne le vois pas et ne le verrai jamais ainsi. Et ça me hérisse le poil, chaque fois que je peux entendre ces qualificatifs à son sujet. Vous savez ce genre de phrases : « Alors il a été gentil cette nuit, il s’est endormi sans pleurer, il ne s’est pas réveillé ? », comme si un bébé pouvait être méchant et le fait qu’il dorme la nuit le rendait plus aimable…
Oui, j’ai un « bébé grands besoins » comme j’aime le surnommer affectueusement en moi-même. Et oui, je réponds toujours à ces besoins avec amour, du mieux que je peux (parce qu’il faut l’avouer, parfois ce n’est pas simple et je suis comme toutes les mamans du monde, épuisée, dans le doute, dans l’incertitude…). Mais avoir des besoins est le propre de tout bébé nous sommes bien d’accord non ?
Et puis surtout je ne l’affuble ô grand jamais de cette horrible étiquette de « bébé difficile ». D’abord c’est quoi au juste un « bébé difficile » ? Un bébé que l’on encourage à exprimer ses besoins ? Un bébé qui se sent en confiance pour faire savoir lorsqu’il ne peut faire face seul à ses angoisses ? Je refuse de lui donner cette horrible étiquette aujourd’hui et je refuse de la même façon qu’on la lui assène plus tard au travers de ces petites phrases assassines. Celles qui semblent si légères et anodines sur le moment, que l’on prononce en pensant raconter une anecdote plaisante mais qui nous conditionnent parfois pour toute une vie… « Tu sais, tu n’étais vraiment pas un bébé facile, tes parents ont eu bien du mal avec toi ! ». Vous voyez le genre ?
Et pour en revenir à cet extrait de Fabrice Midal, laisser un enfant être comme il est, c’est justement commencer par ne pas lui faire porter d’étiquette, de qualificatif. Par ne pas vouloir le mettre dans telle ou telle case. Cases qui n’ont pour but que de se rassurer nous-même, et/ou de rassurer les autres.
 
Et la méditation dans tout ça ? Et plus particulièrement la méditation avec les enfants ?
Je pense que c’est une formidable pratique… pour les enfants comme pour les adultes. Mais je pense aussi qu’elle devient furieusement tendance, perdant par là même son sens le plus profond.
Dans notre société, elle est surtout vue comme une activité de plus à inscrire dans nos plannings et ceux déjà si chargés de nos tous petits…
Une pratique de plus dans laquelle ils doivent exceller.
Une pratique de plus pour les « calmer », comme on entend souvent…
 
Lorsque j’enseigne quelques exercices de méditation aux enfants, ce n’est pas pour leur apprendre à être calme. Ni pour qu’ils aient de meilleures notes à l’école. Ni pour que leur enseignant soit plus content d’eux ou leurs parents plus fiers.
Si enseigner la méditation me tient tant à coeur, c’est surtout pour leur apprendre à être plus à l’écoute d’eux-même, plus présent à leur ressentis, plus attentifs à ce qui se passe à l’intérieur. Leur montrer un chemin vers qui ils sont. Vers leur essence profonde et non ce que l’on voudrait qu’ils soient. Les encourager à accepter leurs émotions, regarder de plus près leurs limites, apprivoiser leurs peurs, mieux comprendre leurs besoins.
 
Parfois, effectivement, les exercices les calment. Parfois c’est tout le contraire, ils sont dans une grande excitation, dans de la joie, dans l’envie de partager. C’est très bien aussi, et j’aime le leur dire.
Les autoriser à être. A s’exprimer. Toujours dans le respect mais aussi dans cette belle spontanéité qui leur est propre. Cela les apaise déjà tellement.
 
Arrêtons de vouloir calmer nos enfants. Laissons-les vivre. Laissons-les être. Accompagnons-les, tenons leur la main et offrons-leur notre plus grande présence et attention. 
 
Aimons-les, du mieux que nous pouvons, pour ce qu’ils sont… par pour ce que l’on aimerait qu’ils soient, pas pour les projections que nous nous en faisons, pas pour les attentes que nous en avons.