Aujourd’hui, je vous propose un article tout particulier… sous forme d’interview ! Il y a quelques semaines, grâce à la magie d’Instagram, j’ai commencé à échanger avec Isabella, jeune femme et jolie maman du compte Un petit pas pour toi. Je vous invite à aller y faire un petit tour, et même vous y abonner : vous y trouverez pleins d’astuces et de conseils lifestyle, green et gourmand. Nous avons parlé alimentation et plus précisément diversification… puis de fil en aiguilles, Isabella m’a proposé une interview par écrit sur son blog. C’est cette interview (un peu longue c’est vrai…mais que j’ai essayé de rendre la plus complète possible) que je vous partage ici. J’ai essayé d’y allier au mieux l’avis de la naturopathe à mon expérience de maman, et j’espère que ces quelques pistes sauront vous éclairer ! 

 

I: Tout d’abord, peux-tu nous présenter ton activité, ton parcours ?

C: D’abord merci à toi Isa, pour cette interview qui forcément m’a passionnée 🙂 Je suis naturopathe depuis fin 2015. J’ai repris 2 ans d’études après plusieurs années à bouger dans les mondes de la distribution, du commerce et de la communication. Pourquoi ? Tout simplement parce que je me suis rendue compte que cette vie là ne me rendait pas heureuse… que ce n’était absolument ce à quoi j’aspirais… que mes valeurs et mon éthique n’étaient plus respectés, et que ce que je faisais de mes journées n’avait aucun sens profond pour moi. Et puis la naturopathie avait déjà croisé ma route bien plus jeune, alors que j’avais seulement 16 ou 17 ans, à l’époque, aucune école sérieuse n’acceptait d’étudiant avant 21 ans… je m’étais donc résignée la mort dans l’âme. Et mon rêve m’a rattrapé 🙂 où c’est moi peut-être qui l’ai rattrapé  ^^

I: En plus de ton métier de naturopathe, c’est ton expérience de maman qui nous parle aujourd’hui. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton rôle de maman ?

C: Je suis maman d’un petit garçon qui aura 2 ans au mois d’août et enceinte de mon 2ème enfant qui sera parmi nous d’ici quelques semaines ! J’ai volontairement choisi une activité et un rythme de travail qui puisse se combiner avec ma vie de famille, qui me donne cette liberté (ce luxe je dirais même!) de profiter de mes enfants chaque jour. De ne pas les laisser des journées entières à la crèche ou chez une nounou… ce qui n’aurait aucun sens pour moi. Ces années à leurs côtés sont les plus précieuses et influent tant sur leur construction que je ne veux pas passer à côté. Mes semaines sont donc rythmées entre suivis naturos, ateliers, interventions dans des écoles… et ce temps précieux et quotidien avec mon fils et bientôt mon 2ème enfant.

I: Avant de d’aborder la diversification, une dernière question pour mieux te connaître, quels sont tes “petits pas” pour un quotidien plus vert ?

C: Alors… je te fais une petite liste (j’aime bien ça, les listes, j’en ai partout :)), voilà ma part du colibri :

  • l’alimentation : on essaye de manger au maximum bio (ou raisonné), de saison, local quand on le peut. Très peu de viande, de produits industriels. Cette année on a fait soft avec la grossesse, mais depuis quatre ans on a notre potager en permaculure que l’on essaye d’améliorer au fur et à mesure.
  • notre gestion des déchets : on trie au maximum, on essaye de réduire les quantités (bocaux en verre, sacs en tissus, achats en vrac…), mon fils est 90% du temps en couche lavable depuis sa naissance, je n’utilise pour lui et moi que des lingettes lavables. Et pour mes règles, la cup est ma meilleure amie. Je compte bien essayer d’autres choses lorsque ce sera à nouveau d’actualité !
  • réduire ma consommation globale et avoir des achats plus éthiques et réfléchis : pour les vêtements et les cosmétiques notamment où j’ai été une grosse consommatrice il y a qqs années. J’achète pas mal d’occasion (presque l’intégralité des meubles de la chambre de mon petit garçon, vêtements, livres (enfin pour ce point, je pourrais encore m’améliorer, je crois que c’est ce que je consomme le plus!…) Et j’ai récupéré beaucoup de choses pour ma maison (de mes grands-parents et arrière grands-parents, de ma tante qui a du vider sa maison l’an dernier aussi).

I: Pour en venir à la diversification, est-ce que la curiosité de l’enfant pour le repas des parents et / ou la nourriture est un bon indicateur pour savoir si l’enfant est prêt à commencer la diversification ?

C: Personnellement, je trouve que oui. J’étais partie avec la certitude que mon fils n’avalerait rien d’autre que mon lait avant ces 6 mois… (les principes ;-)), mais franchement à partir de 5 mois et même avant, il était tellement intéressé par ce qui se trouvait dans nos assiettes et on voyait que ça le démangeait de découvrir ce que nous aussi nous mangions. Vers 5 mois et demi, nous avons commencé tout doucement à introduire l’alimentation. Je pense que l’unes des règles de base dans la diversfication, comme dans toute l’éducation, est de savoir s’adapter à son enfant : à ses envies, à ses besoins. Certains manifestent très tôt leur intérêt pour l’alimentation, d’autres pas du tout… malgré le fait qu’on essaye de les intégrer en leur montrant, en leur faisant sentir, etc.

I: Dans la même logique, est-ce que la maîtrise de la station assise ne serait pas un autre signe que l’enfant est davantage près ? On parle aujourd’hui de commencer la diversification entre 4 et 6 mois, or le développement moteur varie énormément d’un enfant à l’autre, y compris à cette période.

C: J’avoue que j’ignore les “recommandations officielles” mais oui, pour moi c’est un critère plutôt important que le fait que l’enfant maîtrise la posture assise naturellement, je veux dire sans intervention ou aide extérieure. Si on parle de DME (que l’on abordera ensuite), c’est absolument essentiel en revanche !

I: Est-ce qu’on peut considérer que l’allaitement joue une part vis à vis de l’appétit de l’enfant pour la découverte de la nourriture solide ? En tant que maman allaitante on peut avoir tendance à se remettre en question quand la diversification peine à se mettre en place.

C: L’allaitement fait découvrir à l’enfant toute la palette de saveurs de ce que consomme sa maman, ce qui pourra donc être variable d’une maman à une autre en fonction de son alimentation ! J’ai par exemple consommé beaucoup de gingembre pendant ma grossesse, et continué pendant mon allaitement… une épice tout de même très particulière et assez forte, mon fils a toujours aimé les plats en contenant, même très petit cela ne lui a jamais paru “fort”. Et dans notre cas, l’attrait pour la nourriture est et a toujours été très important. Bon il faut dire que c’est quelque chose de central à la maison, je cuisine beaucoup, nous aimons manger et j’ai toujours intégré mon bébé à cela. Mais je connais aussi beaucoup de mamans allaitantes dont c’est le cas et pour autant, l’introduction des aliments s’est avéré assez compliqué, l’intérêt de leurs enfants très faible pour la nourriture…

J’aurais donc tendance à penser qu’il n’y a pas de règles et qu’il ne faut pas chercher forcément à tout comprendre et tout interpréter. Accepter nos petits et leurs besoins comme ils sont !

I: Faut-il alors céder aux injonctions, espacer les tétées, ne plus donner le sein passé une certaine heure le matin par exemple ?

C: Tu veux dire, pour que bébé accepte et soit plus attiré par le solide ? Je ne pense pas du tout non… j’ai déjà entendu des “conseils” de cet ordre et clairement pour moi, cela entre dans toutes les “idées” qui veulent que nos enfants soient “réglés” : mangent à tel âge, dorment à telle heure, marchent et parlent avant tel âge… Cela a pour seul but de “rassurer” les parents… mais rassurer de quoi au juste ? Tous les enfants finiront par manger, dormir, marcher et parler… Respectons leurs rythmes et leurs besoins, apprenons à les écouter ! Espacer ou limiter les tétées (outre le fait de faire baisser la lactation chez la maman) n’aura pour seul but que d’apporter du stress au bébé… Croit-on vraiment qu’un bébé stressé va mieux manger et accepter de découvrir la nouveauté en se sentant mal ?!

I: Pour un bébé allaité, est-ce que comme pour le biberon (de lait maternel ou infantile), il est peut être utile de confier le repas à une autre personne si l’enfant refuse avec la mère ?

C: Je dirais que ça dépend de l’état d’esprit et d’apaisement dans lequel se trouve la maman. Si le repas est un moment de tension pour elle, si elle s’angoisse et se met la pression, son bébé va le ressentir et il y a de fortes chances que cela ne se passe pas de la meilleure des manières. Il y a un moment où j’étais très frustrée car mon fils refusait systématiquement de manger des légumes avec moi, alors qu’avec d’autres personnes (mon mari ou ma maman par exemple) c’était plus simple et il les mangeait tout naturellement. Cela m’a fait beaucoup réfléchir au stress que je lui imposais en me crispant de cette façon. Notre propre état conditionne beaucoup nos bébés. Que cela soit pour l’alimentation ou tout le reste d’ailleurs.

I: Est-ce que le fait qu’un enfant fasse ses dents peut contrarier la diversification, en particulier si les dents occasionnent beaucoup de douleur chez le tout petit ?

C: Bien sûr ! Est-ce que vous avez envie de manger lorsque vous souffrez vous ? Et a fortiori lorsque vous souffrez au niveau dentaire ? Et bien pour un bébé, ce sera la même chose 🙂 On a souvent cette croyance que lorsque nous sommes faibles ou malades, il faut manger pour “prendre des forces”, en fait c’est tout l’inverse ! Moins nous mangeons, plus notre corps a d’énergie pour lutter contre l’infection. Regardez un chien ou un chat malade par exemple, il ne touchera pas à sa gamelle. Il va dormir au chaud et récupérer, c’est tout !

I: Dans ce cas d’ailleurs, est-ce que l’allaitement peut être un atout pour passer ce cap douloureux ? Les dents, c’est aussi une période éprouvante pour les parents, avec des nuits perturbées, de nombreux réveils. Pour la maman allaitante la tentation de “lâcher” l’allaitement peut se faire sentir, mais est-ce vraiment le bon moment ? Est-ce qu’on ne prend pas le risque finalement de perdre un allié précieux pour apaiser l’enfant ?

C: L’allaitement a ce pouvoir magique d’apaisement grâce à l’hormone ocytocine sécrétée à ce moment là. Sans compter le fait que bébé soit blotti contre sa maman, sente son odeur, sa chaleur… tout cela le rassure et le sécurise énormément. Donc oui bien sûr, allaiter son enfant qui souffre (des dents ou d’autre chose d’ailleurs) va forcément l’aider. En revanche, ce ne sera malheureusement pas toujours suffisant  à faire que ces souffrances cessent. 

 

I: Est-ce que certains ingrédients peuvent être pris par la maman et / ou l’enfant pour apaiser les poussées dentaires ? Je pense à la camomille par exemple (tisanes, homéopathie, etc.).

C: Allez je pars sur une petite liste des trucs que je connais pour les poussées dentaires (mais on a été relativement épargné par les douleurs ici, alors je n’ai pas eu l’occasion de tester grand chose !)

  • effectivement la camomille noble c’est la grande star des poussées dentaires
    • en hydrolat : qui pourra être utilisé chez les plus petits (puisque pas la concentration des huiles essentielles). Je vous conseille de le conserver au frigo, plus frais, il soulagera d’autant plus votre petit bout. Vous pouvez en imbiber une compresse, appliquer sur les gencives de bébé et masser, jusqu’à 3 fois par jour.
    • en huile essentielle : à partir de 6 mois (tester toujours le mélange sur un endroit où la peau est fine, avant application), 1 à 2 gttes dans 1 càc d’huile végétale neutre ou mieux d’arnica (anti-infllammatoire et cicatrisante), massez la gencive à l’endroit douloureux. Vous pouvez aussi appliquer sur la joue de bébé, si celle-ci est rouge et chaude.
    • en homéo : la fameuse chamomilla nobilis en 9CH , 3 granules jusqu’à 3 fois par jour (en fonction des symptômes de votre enfant, d’autres remèdes homéo peuvent être conseillés pour apaiser et aider ces périodes délicates… rapprochez vous d’un médecin homéopathe pour adapter au mieux le traitement !)
  • les autres astuces c’est bien sûr tout ce que bébé peut machouiller : à proposer froid de préférence pour plus d’efficacité :
    • des bâtonnets de carottes bio
    • des bâtons de guimauve ou de violette
    • des (assez gros) morceaux de fruits congelés à placer dans une “grignoteuse »
    • un gant de toilette humide et placer préalablement qqs minutes au congélateur
    • les classiques anneaux de dentition  

I: Au niveau pratique, que penses-tu des préconisations classiques légumes, puis fruits, à raison d’un légume et / ou fruit à la fois ? A fortiori dans le cadre d’une diversification qui ne se passe pas comme sur des roulettes, est-ce que dépasser ce cadre ne permettrait pas de mettre davantage de plaisir pour l’enfant et pour les parents ?

C: Une fois de plus, je me répète, mais je pense que cela va dépendre des enfants et effectivement de comment se passe la diversification. Voir déjà s’il y a des antécédents d’allergie et/ou intolérance alimentaire et adapter en fonction ! Ensuite cela dépendra aussi du mode de diversification que l’on souhaite mener… si l’on veut rester dans quelque chose de classique (légumes, puis fruits, etc.)  ou aller vers la DME (on en reparle dans la question suivante…) ou encore, comme nous l’avons fait chez nous, un mélange entre les deux…

Dans le cas où cela ne se passe pas forcément simplement, je pense qu’il ne faut effectivement pas hésiter à sortir des “cadres” proposés par les médecins/pédiatres, tester, proposer, observer. Beaucoup de parents ont “peur” de sortir des recommandations, mais il faut parfois faire preuve de bon sens et de logique. C’est vous qui vivez avec votre enfant, qui êtes là dans son quotidien et qui le connaissez le mieux. Si un légume ne passe pas, proposer un autre, basculer sur les fruits, mélanger de toutes petites quantité de légumes ou fruits à un peu de laitage (chèvre, brebis ou amande par exemple, en tenant compte des antécédents d’allergies encore!) ou au lait maternel (en priorité si c’est possible bien sûr!), puis augmenter au fur et à mesure.

I: Au-delà des classiques purées et compotes, certains parents se tournent vers la DME (Diversification Menée par l’Enfant), que faut-il en penser et y a-t-il un âge ou des signes que cette approche peut être proposée à l’enfant ?

C: C’est une question très personnelle ! La DME est le fait de laisser l’enfant découvrir l’alimentation de façon libre et autonome, en apportant évidemment en tant que parent la sécurité et le côté sain dans les aliments que l’on propose ainsi que leur forme. Cela consiste à introduire directement des solides, à les présenter à l’enfant et le laisser ensuite découvrir et éventuellement manger seul. Pour ma part, je trouve que la DME est une merveilleuse façon d’aborder l’alimentation : ludique et saine. Avant de se lancer, il y a tout de même plusieurs points à valider :

  • se sentir suffisamment confiant en son enfant pour ne pas être en panique à chaque repas, ne pas être dans la peur qu’il mange du solide. Bon certaine fois j’avoue il faut garder son sang froid, mais si l’on respecte les règles de base, le bébé se fera toujours lever le coeur si quelque chose ne passe pas, c’est ce que l’on appelle le “réflexe vomitif”
  • accepter de laisser son enfant découvrir l’alimentation à son rythme. Il pourra passer plusieurs jours, voire semaine, à simplement jouer avec les aliments proposés, sans même en mettre le moindre morceau dans sa bouche… ça fait partie du processus de découverte !
  • accepter que votre enfant mange… seulement ce qu’il a envie de manger… en DME on propose en général plusieurs aliments à l’enfant, il ne choisira peut-être que la banane, et boudera les légumes verts, c’est ainsi !
  • ne pas être trop maniaque 😉 Une grande partie de la découverte de l’alimentation passe par le toucher, les textures à explorer, à écraser, à jeter… et c’est aussi important que de “goûter”, ce que nous voudrions qu’il fasse du premier coup, en aimant si possible tout ce qu’ils goûtent !

De notre côté, nous avons commencé classiquement par des purées de légumes verts, puis plus sucrés, puis de fruits… mais Raphaël a très vite montré qu’il voulait manger comme nous. Alors j’ai d’abord naïvement mixé nos propres repas au début, sans aucun succès… j’ai donc pris le parti de lui proposer des assiettes presque exactement équivalentes au nôtre (en faisant tout de même attention à certains points (sel, protéines en très petite quantité, certaines textures trop dangereuses, etc.), et c’est exactement ce qu’il voulait ! Pour les parents que ça intéresse, un site que j’aime beaucoup et qui m’a bien aidé en matière de DME, c’est www.bebemangeseul.com

I: Sans nécessairement pratiquer la DME, est-ce que laisser l’enfant jouer avec la nourriture, tenir sa cuillère même s’il en met partout, peut justement jouer sur son attirance pour la nourriture solide ? J’ai aussi entendu l’inverse, comment, au contraire, proposer les purées et compotes très liquides pouvaient aider au début…

C: J’ai anticipé en répondant en partie dans la question précédente je crois 🙂 Et une fois de plus, liquide ou solide, cela va dépendre de chaque enfant… toutes les pistes sont possibles à explorer en fonction des envies et des attirances de votre bébé ! Donc proposez lui, ne vous bloquez pas sur une et une seule manière de faire… on n’est pas obligé de suivre les recommandations du pédiatre à la lettre, et à l’inverse de pratiquer une DME exactement comme le concept  veut qu’elle soit ! Tant que l’on respecte toutes les règles basiques de sécurité et de santé, c’est ok ! Là encore, tous les enfants finiront par manger en morceaux, pas d’inquiétude 🙂

 

I: Pour l’introduction des laitages, des féculents, de la viande, doit-on attendre que l’enfant mange ses premières purées / compotes sans difficulté et selon les quantitées préconisées, ou bien doit-on plutôt tenir compte de l’âge et les introduire, même si l’enfant ne mange toujours que des petites portions ?

C: Je me répète… mais à nouveau, le mot clé est ADAPTATION en fonction de chaque enfant et de ses réactions / envies / rapports à l’alimentation. Peut-être qu’il mange de petite portion avec ce qu’on lui propose pour le moment, mais qu’intégrer d’autres aliments ou sous d’autres formes va justement lui plaire 🙂

En revanche, certains points me semblent importants et même primordiaux, ça c’est le côté plus naturo des choses :

  • sel et sucre ne sont pas à intégrer avant 1 an
  • les céréales (plutôt sans gluten cf ci-dessous) peuvent être intégrées vers 6 mois (en farine ou flocons par exemple)
  • les protéines animales sont à éviter avant 7 ou 8 mois car très fatigantes pour les reins… on les intégrera en petite quantité, plutôt le midi. De toute façon, les besoins des enfants en protéines est très minime, en aucun cas il n’a besoin d’engloutir un steak entier ! La viande rouge est à éviter avant un an, car trop grasse et difficile à digérer. Pour ma part je dirais que la viande blanche est aussi à limiter avant cet âge là…  On peut commencer avec les protéines les plus digestes : poisson blanc, légumineuses type lentilles corails prétrempées, ¼ de jaune d’oeuf coque,… Enfin, attention au soja et tous les dérivés (tofu, yaourts, etc.) qui n’est pas neutre en terme d’impact hormonal.
  • pour les aliments potentiellement allergisants (blancs d’oeufs, oléagineux/fruits à coque, certains poissons (type maquereau, thon), gluten, lactose, certains fruits et légumes…) : les recommandations ont longtemps  été de les éviter pendant la première année. Les études montrent aujourd’hui l’inverse. C’est à dire qu’il faudrait les introduire très tôt pour éviter les risques… d’où le fait que certains pédiatres les recommandent dès 4 ou 5 mois. Pour ma part, je pense qu’un compromis est bien (mais là encore, cela dépendra des antécédents au niveau des parents, des autres enfants et de la famille). Sachant que si les parents ont déjà des allergies, certaines choses peuvent être faites pendant la grossesse afin de travailler sur le terrain en amont. Donc je disais : introduire vers 6/7 mois, à des quantités infimes pour commencer (par exemple une pointe de couteau de purée d’amande (non sucrée non salée) à intégrer avec des légumes, un tout petit morceau de mie de pain de petit épeautre avec très peu de gluten par exemple ou encore une petite cuillère à café de yaourt). Et puis si votre bébé les tolère sans problème, réitérer qqs jours ou la semaine suivante, et ainsi régulièrement jusqu’à être sûr que l’aliment soit bien accepté. Attention une allergie se détecte très vite mais une intolérance ne provoque pas forcément une réaction vive : il peut s’agir de petits boutons, de plaques de sécheresse sur la peau, d’un transit déréglé (mais pour autant de constipation pendant trois jours ou de diarrhées fulgurantes !)… c’est parfois très subtil ! 
  • pour ce qui est des sujets souvent épineux et polémique du gluten et du lactose, je suis totalement partisane de les limiter (pas supprimer attention!), ce qui je le sais ne plait pas à tout le monde. Pour autant, il faut savoir que ce sont des aliments pro-inflammatoires pour chacun d’entre nous, pas que pour nos petits, mais eux ont un système digestif qui n’est pas totalement mature avant 1 an… ce qui veut dire encore très sensible et fragile (c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles certains enfants présentent des allergies et intolérances tout petits qui disparaissent ensuite…). Donc oui de temps en temps pour habituer leur corps, mais pas au quotidien car cela reste trop agressif. 

I: Les rituels, on en parle beaucoup pour le coucher, mais l’alimentation aussi a les siens. Est-ce qu’il est impératif de respecter le rythme déjeuner / goûter souvent préconisé au début. Ou bien est-ce que le rythme peut aussi s’adapter au style de vie de la famille, comme par exemple le fait de manger un repas diversifié le soir, tous ensemble ?

C: C’est vrai que l’on préconise plutôt les repas de midi et goûter… c’est surtout une histoire de digestion et aussi de besoins qui seront moindres le soir pour aller dormir. Plus on varie et complexifie l’alimentation de bébé, plus sa digestion va se complexifier elle aussi (c’est pour cela que l’on introduit pas forcément trop d’aliments différents en même temps, on laisse le temps à l’organisme de s’adapter). Ce qui peut donc jouer sur… le sommeil. Alors je dirais que la priorité est de voir en fonction de son bébé, de sa qualité de digestion et de son sommeil… pas en fonction des besoins et envie de la famille. Le côté convivial et les repas du soir partager arriveront de toute façon bien vite !

I: Enfin, est-ce que tu as des anecdotes ou des astuces plus personnelles à nous confier sur le sujet ?

C: Je crois que l’alimentation de nos enfants est un sujet complexe car… il nous renvoit à notre propre rapport à la nourriture, qui n’est pas toujours simple, bien loin de là. A nos propres blocages ou peurs, conscients ou inconscients. Et même si dans mes réponses j’ai tendance à dire qu’il faut s’adapter et écouter son enfant, croyez-moi, je sais que ce n’est pas simple pour autant !

Mon fils adoooore manger… et ma difficulté principale, c’est de ne pas m’affoler par rapport aux quantités qu’il peut ingurgiter et qui sont parfois juste énormes !!! Evidemment, qu’il engloutisse trois assiettes d’haricots verts ne me dérange pas mais je vous rassure, ce qu’il réclame indéfiniment c’est plutôt des tartines de confiture pendant le petit déj du dimanche…

Ce que je peux dire et à mon sens le plus important, c’est de comprendre le fonctionnement de nos enfants.

Par exemple, j’ai mis plusieurs mois à intégrer que mon fils préférait que ses aliments soient séparés dans l’assiette et qu’il a besoin de trier. Dans une jardinière de légumes, il va manger d’abord toutes les pommes de terre, seulement ensuite les carottes, puis les haricots. Et bien pendant des semaines je bouillais intérieurement de ne le voir aller chercher que les pommes de terre et lui proposait un haricot entre chaque, ce qui l’énervait, et moi aussi (je vous avais dit que ce n’était pas simple de mon côté non plus!) et il finissait parfois par ne plus manger du tout. Maintenant je sais que si je lui laisse le temps et surtout si je le laisse tranquille, il finira (en général…parfois il n’y touchera pas !) par aller manger les haricots (ou les légumes), mais toujours en dernier.

Un autre exemple amusant avec lequel je me serais bloquée avant… : ce week-end, j’ai fait une grande ratatouille, je sais qu’il aime beaucoup ça. Sauf que là, il n’a pas voulu y toucher… j’ai donc patiemment resservi 3 ou 4 fois du riz comme il me le demandait. Toujours pas de légumes avalés jusqu’à ce que tout le riz soit fini et qu’’il me désigne la casserole de ratatouille, me demande de lui montrer et commence à aller manger directement dedans. Le contenu était exactement le même que celui de son assiette mais allez savoir pourquoi, il a absolument voulu manger à même la casserole… et a dévoré, sans jamais vouloir toucher à la portion de ratatouille de son assiette…  C’est complexe dans leur petite tête !

Et un dernier point dont j’ai aussi mis du temps à me rendre compte : nous mangeons à un rythme bien plus rapide que celui de nos petits loups… en tout cas le mien ! Son repas s’étale sur un laps de temps finalement très long, ce qui fait qu’en général il commence à manger pendant que je prépare (je le laisse dans sa tour d’observation à côté de moi et soit il m’aide, soit il grignotte, soit les deux), ensuite nous passons à table tous ensemble. Souvent il sort de table avant la fin du repas mais l’assiette non vide. Et après, je lui laisse toujours à disposition. Je remarque qu’il y retourne très souvent pour la terminer, à son rythme… Parfois cela dur en tout 1h30 voire plus, mais c’est son rythme !

Donc acceptons qu’ils soient différents, qu’ils n’aiment pas les mêmes choses, qu’ils aient leur propres goûts, leurs propres rythmes, leur propre façon de découvrir l’alimentation. Faisons leurs confiance ! Eux ont justement cette conscience de leurs sensations que tant d’adultes qui mangent uniquement avec leur tête ou leurs émotions ont perdus. Plus nous nous braquons, plus nous nous énervons (même intérieurement) et nous mettons la pression, pire cela sera. Les repas deviendront source de stress pour tout le monde et là commence déjà à se complexifier le rapport à la nourriture. Mais pas de culpabilité pour autant attention ! Nous faisons du mieux que nous pouvons et du mieux que nous pensons ! Peut-être que l’on pourrait prendre cette étape dans la vie de nos enfants comme une invitation à travailler et comprendre notre propre rapport à l’alimentation… afin d’aller vers quelques choses de plus sain et naturel pour tous 😉